AIT BEN HADDOU PART#1 – UNE FORÊT NOURRICIÈRE AU COEUR D’UN PROJET DE DÉVELOPPEMENT DURABLE

Après notre rencontre avec Mohamed Aglagane et les abeilles jaunes du Sahara, nous prenons la direction de Ait Ben Haddou, un village situé non loin de la mythique Ouarzazate, dans les contreforts du Haut Atlas.

C’est là bas que nous avons rendez-vous avec une amie de Mohamed, Loubna, qui a le formidable projet d’y créer une forêt nourricière, la Forêt des Graines Sauvages… Et dont la vision et l’engagement vont bien plus loin, comme nous sommes sur le point de le découvrir!

Rendez-vous à Ait Ben Haddou

Nous retrouvons donc Mohamed et sa famille à l'entrée du village, venus comme nous rencontrer l’équipe porteuse du projet et leur travail. Loubna ne pourra finalement pas nous rejoindre aujourd’hui, mais elle nous donne rendez-vous à Casablanca où elle réside avec son mari, Hicham. Cela tombe plutôt bien, puisque nous avons prévu de nous y rendre pour rencontrer Mr Yaacoubi, un spécialiste de l’agro-homéopathie.

C’est donc Abdallah et son équipe qui nous accueillent, agriculteurs et membres de Ait Aissa - l'association de développement local du village - qui avec l’aide de Ralph, un spécialiste en agronomie de nationalité allemande, ont lancé trois jours plus tôt les premiers tests pour la plantation de la forêt. Nous laissons le 4x4 dans la rue principale et grimpons en voiture avec eux pour aller voir cela de plus près.

Quelques quinze minutes plus tard, « c’est d’ailleurs beaucoup plus rapide à pied » nous précise Ralph avec un clin d’oeil, nous arrivons sur les lieux… Nous avons traversé et laissé l’oued Mellah (dont le nom signifie rivière salée) derrière nous, et nous nous trouvons maintenant à environ deux kilomètres du village, dans une zone absolument désertique, enfin à première vue.

En plissant les yeux, on peut en réalité distinguer les quelques frêles et jeunes arbres fraîchement plantés et entourés d’une clôture, indispensable pour se protéger des chèvres qui mangent absolument tout ce qu’elles peuvent trouver. Abdallah nous explique qu’ils en sont pour l’instant au stade des expérimentations, afin de mettre toutes les chances de leur côté quand ils planteront les 40 hectares de la future forêt.

Pour cela, ils ont commencé avec les espèces les mieux adaptées à la survie dans cet environnement, en les choisissant entre autres, pour leur capacité préparer le sol pour les autres espèces, en absorbant le sel par exemple. Car ici l’eau fraîche est un bien rare, et celle qui descend de la montagne s’est chargée en sel en cours de chemin, un phénomène qui serait dû à la présence d’anciennes mines de sel plus en amont. Nous avons d’ailleurs découvert cela la veille, en voulant utiliser l’eau de la rivière pour nous faire un thé… Mauvaise idée!!!

L’eau disponible se trouve donc dans le sous sol, mais en quantité limitée, ainsi que dans les nuages. C’est sur cette dernière qu’ils vont concentrer leurs efforts, en mettant en place des mini barrages autour de la forêt permettant de retenir et de stocker l’eau des pluies. En attendant, au pied des pousses se trouve une couche de paille, faisant office de fausse éponge, qui permet de retenir l'humidité et de limiter l’arrosage à une fois toutes les deux, voire trois semaines.

« C’est un projet que nous porterons toute notre vie » Abdallah

Le challenge est énorme, d’autant que le sol rocailleux et extrêmement sec rend le travail difficile. « Vous ne pouvez pas imaginer à quel point creuser un simple trou relève du défi dans ces conditions » nous précise Ralph. Mais cela en vaut la peine, car devrait bientôt se tenir ici une forêt, capable de produire suffisamment de fruits et légumes pour les habitants du village, mais aussi de permettre à une activité de « tables paysannes » de se développer, c’est à dire de restaurants dont les tables se trouveront au milieu des jardins et de la forêt, et qui ne serviront que des plats préparés à partir de produits fraichement récoltés.

« C’est un projet que nous porterons toute notre vie » nous confie Abdallah, tandis que nous empruntons le chemin du retour pour aller visiter son jardin permacole. Dans nos esprits, l’idée de revenir voir comment évolue la forêt fait déjà son chemin…

Réunion au sommet pour le projet de développement de Ait Ben Haddou

Ébahis par l’ampleur du projet mené à Ait Ben Haddou, nous souhaitons maintenant en apprendre plus sur les personnes qui l’ont rendu possible. Quelques temps plus tard, car nous ne sommes pas ce qu’on appelle des flèches sur la route, Loubna nous donne donc rendez-vous à Casablanca, dans un espace de coworking et d’accompagnement pour des projets d’économie sociale et solidaire.

Nous débarquons au beau milieu d’une réunion animée, menée par quatre étudiants déterminés argumentant point par point leur présentation devant Loubna et Hicham, membres fondateurs du collectif We Speak Citizen ainsi que Hassan trésorier au sein de cette association. La diapositive projetée sur le mur parle de marché solidaire, de structure légale et de gouvernance… Pour comprendre, il faut rembobiner.

Marie, Camille, Peggy et Zakaria étudient en ce moment à Rabat et travaillent sur des projets d’entreprenariat sociaux en Afrique. Pour leur mission de fin d’études, ils ont été embauchés, en quelque sorte, par We Speak Citizen pour évaluer la faisabilité -cela semble plutôt bien parti- et réaliser le business plan du projet de développement de tourisme social et solidaire de Ait Ben Haddou et de sa région.

Marie rembobine donc pour nous, et revient au début de la présentation. Nous réalisons qu’en réalité nous n’avons entrevu qu’une infime partie de ce projet de développement. Car c’est toute la chaîne de valeurs qui a été repensée ici, le résultat d’une vision qui va bien plus loin que la « simple » plantation d’une forêt…

Un tout nouveau concept de logement touristique « chez l’habitant » ainsi que la redéfinition de l’identité propre du territoire et de chaque village de la vallée, un marché solidaire pour valoriser la production locale, la plantation d’une forêt nourricière permettant la production de fruits et légumes pour les familles ainsi que pour le projet de tables paysannes… Le tout porté par les habitants du village, et c’est d’ailleurs ce qui fait la force de cette initiative.

 

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La réunion se poursuit longtemps, chaque point étant soigneusement étudié. Nous sommes impressionnés par les objectifs portés ici, ainsi que par le travail fourni par cette équipe de choc… Après avoir partagé un délicieux couscous, Loubna et Hicham nous invitent à poursuivre la discussion chez eux, autour d’un café. Inutile de vous dire que nous acceptons avec plaisir! Part#2 à venir 🙂

 

Coordonnées de la Forêt des Graines Sauvages

Localisation: Ait Ben Haddou, Province de Ouarzazate, Maroc

Site web: www.lesgrainessauvages.org

E-mail: contact@lesgrainessauvages.org

 

Coordonnées de l'association Ait Aissa

Facebook: @Assoaitaissa

E-mail: asso.ait.aissa@gmail.com

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